

Le son, le code et les frontières de l’augmentation humaine
Dans un paysage technologique de plus en plus marqué par les avancées fulgurantes de l’intelligence artificielle, on oublie facilement que certaines horizons d’exploration les plus intimes restent profondément ancrés dans l’expérience humaine. En tant qu’application web autohébergeable consacrée à l’expérimentation autour des battements binauraux, BrainWave cherche précisément à relier ces deux domaines. Le projet met le son en dialogue avec le code, fait rencontrer informatique et introspection, et utilise la technologie non pas pour remplacer les capacités humaines, mais pour les augmenter et les agencer.
Qu’est-ce que le battement binaural ?
Lorsque deux sons de fréquences légèrement différentes sont présentés indépendamment à chaque oreille du sujet — par exemple à l’aide d’un casque stéréo — le cerveau ne les perçoit pas comme deux sons distincts, mais enregistre une troisième fréquence fantôme correspondant à la différence entre les deux. Ce battement perçu n’existe pas dans le signal sonore lui-même : il émerge du traitement neuronal. Ce phénomène est le fameux « battement binaural » au cœur même du projet BrainWave.
Depuis des décennies, chercheurs, artistes, méditant·e·s et technologues explorent les liens entre ces fréquences et différentes bandes d’ondes cérébrales souvent associées à des états de méditation profonde, de relaxation, de concentration ou de créativité : delta, thêta, alpha, bêta et gamma. Même si les battements binauraux ne constituent pas un bouton magique pour accéder à la conscience, ils peuvent servir d’infrastructure ambiante : un environnement sonore favorisant l’attention, la réflexion et la création volontaire d’états mentaux modifiés.
Une pratique créative de longue haleine
BrainWave n’est pas une apparition soudaine, mais s’inscrit dans un travail de longue haleine de Jacques Laroche, dont la pratique créative traverse depuis longtemps les frontières entre expérimentation sonore, programmation, bidouillage électronique et études critiques des technologies.
L’augmentation humaine au-delà de la machine
Les discours contemporains autour de « l’augmentation » humaine regardent souvent vers l’extérieur : assistants toujours plus intelligents, modèles plus rapides, jeux de données plus complets. Les systèmes d’IA étendent progressivement les capacités humaines dans l’écriture, l’analyse ou la génération d’images. Ces évolutions sont puissantes et méritent une réflexion critique, mais elles ne représentent que la moitié de l’histoire. L’autre moitié concerne l’augmentation humaine depuis l’intérieur.
Des pratiques telles que la méditation, l’exercice respiratoire, l’écoute contemplative ou encore le biohacking explorent la manière dont l’attention, la perception et l’autorégulation peuvent être entraînées ou facilitées grâce à des environnements soigneusement conçus. Les technologies comme les battements binauraux occupent ici une position intermédiaire intrigante : elles sont à la fois computationnelles et intimes ; conçues par l’ingénierie tout en relevant de l’expérience vécue.
C’est précisément dans cet espace que se positionne BrainWave, en posant des questions essentielles : Que se passerait-il si nous concevions des logiciels non pas pour extraire la productivité, mais pour cultiver la conscience ? Et si le progrès technologique incluait également des outils favorisant le calme, l’introspection et la présence cognitive ?